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François Santos
Avez-vous fait toute votre scolarité dans une école française ?
En quelle année l’avez-vous quittée ?
Et le cas échéant, quel(s) diplôme(s) ?
Oui, j’ai suivi toute ma scolarité depuis la maternelle jusqu’au baccalauréat dans un lycée français, d’abord au lycée français de Rio, le lycée Molière – appelé à l’époque Colegio Franco-Brasilero – et j’ai vécu un certain temps à Salvador de Bahia, et comme il n’y avait pas de lycée français, j’ai suivi l’enseignement français du lycée par le CNTE, l’ancêtre du CNED. À partir de 1981, nous avons déménagé à São Paulo, où j’ai poursuivi ma scolarité au lycée français Louis-Pasteur.
En 1987, avec le bac C (mathématiques).
Votre scolarité dans une école française a-t-elle correspondu à une histoire ou une tradition familiale particulière ?
Mon père est brésilien et ma mère française, donc ma mère m’a mis au lycée français ; actuellement mes trois enfants sont scolarisés au lycée Pasteur de São Paulo.
Quel a été ensuite votre parcours d’études ? Votre parcours professionnel ?
Après mon bac, j’ai fait des études d’ingénierie en chimie à l'université d'État de Campinas (UNICAMP) à São Paulo et juste après les cinq ans d’ingénierie (de 1989 à 1993), j’ai fréquenté de 1994 à 1996 une école de gestion, la Fundaçaõ Getulo Vargas (FGB). De 1998 à 2000, j’ai fait un master aux États-Unis à l’université du Texas à Austin.
J’ai donc commencé par une école d’ingénieur et aujourd’hui je travaille en gestion ; de 1994 à 1998, j’ai travaillé dans le marketing, dans une compagnie américaine, la 3M. De 1998 à 2000, je me suis entièrement consacré à mes études de master ; dans le cadre du stage d’été (summer job), j’ai travaillé alors chez Motorola aux États-Unis et puis, rentrant au Brésil en 2000, j’ai travaillé en conseil de gestion et conseil de stratégies dans une entreprise américaine, Monitor Group. C’est un cabinet de conseil en stratégie fondé par des professeurs de Harvard Business School ; j’ai été directeur du bureau de São Paulo.
Depuis janvier 2011, je travaille chez Bain & Company (www.bain.com), une boîte de conseil stratégie américaine de Boston (concurrent de Monitor Group) ; je suis directeur consulting pour le secteur minier pour l'Amérique latine et la région Ouest de l'Afrique. Je passe la moitié de mon temps en Afrique (de l'Angola jusqu'au Maroc). Dans ce cas là, j'ai un atout personnel, car le parle couramment français, anglais et portugais.
Pensez-vous que votre scolarité dans une école française a eu une influence sur vos choix d’études ? Sur votre projet professionnel ?
Ici au Brésil, si on veut suivre une carrière en gestion, il est normal de faire d’abord des études d’ingénieur puis de s’orienter vers la gestion ; dans les grandes banques d’investissement ou les grandes entreprises de gestion, comme Monitor, 98 % des consultants sont des ingénieurs qui ont ensuite changé de carrière. Ce type de parcours prédomine depuis une vingtaine d’années au Brésil.
A l’époque, je ne savais pas exactement ce que je voulais faire. Il y avait le choix entre une Grande École au Brésil et une Grande École française. À cause des deux années de classes préparatoires en France et parce que je voulais éviter d’attendre six mois avant de commencer (nous suivons le calendrier de l’hémisphère Sud), j’ai préféré une Grande École au Brésil. Il y en a quatre et l'université d'État de Campinas est l’une d’entre elles ; il y a un concours d’entrée assez poussé mais ce n’est pas au même niveau que la France. Et puis pour le master…je n’ai pas choisi la France…
Pour moi, la France, c’est les vacances ; je n’ai jamais vécu en France ; j’y vais de temps en temps voir une partie de ma famille du côté de ma mère. J’ai une très bonne image de la France ; c’est le pays idéal pour passer des vacances.
À vrai dire, je n’ai jamais vraiment envisagé de poursuivre mes études en France ; j’avais pour but de rester au Brésil. On était quatorze dans ma classe de terminale C en 1987. Dix sont restés au Brésil – même des Français qui n’avaient aucun lien avec le Brésil. Et de ceux qui sont allés en France pour faire leurs études, la moitié est revenue au Brésil ; je connais au moins trois Français dans ce cas.
Il y a une autre raison à ce parcours : j’ai toujours travaillé avec des entreprises américaines et les Américains m’ont conseillé de faire mon master dans les universités américaines. J’ai donc un lien très fort avec les États-Unis et ma carrière professionnelle est plus tournée de ce côté-là.
Je travaille toujours avec des entreprises américaines qui ont su créer une dynamique, sans critique par rapport au système français. J’ai travaillé un peu partout dans le monde en conseil de gestion, tout en restant basé au Brésil, et donc également dans des bureaux parisiens. Je n’ai cependant jamais réussi à pénétrer (« how to crack the code ») une certaine élite française, issue des Grandes Écoles. Le fait de ne pas être moi-même passé par ces écoles françaises, comme HEC ou l’X… c’est un groupe très renfermé…cela m’a un peu distancé de la France et fait tourner vers les États-Unis. Je n’ai jamais réussi à pénétrer l’establishment français ! Les États-Unis ne sont pas nécessairement plus méritocratiques, mais ils sont plus ouverts aux contributions d’autres nationalités, tandis que les Français sont plus renfermés sur eux-mêmes.
Quels ont été, selon vous, les apports principaux de votre scolarité dans une école française ?
La scolarité a été très bonne et a très bien préparé les élèves. Il y a deux raisons. Le raisonnement critique par hypothèses d’abord. Le système français n’est pas basé, comme les systèmes américain et brésilien sur la répétition (on y apprend par cœur). Il privilégie le raisonnement critique. Je me rappelle très bien dans les cours de biologie, on faisait des expériences, des hypothèses, ainsi qu’en mathématiques. Et puis, il y a aussi la formation humaniste, la culture générale française, qui a toujours été très utile et très bonne.
Actuellement, l’école est plus ouverte, organise des événements, des fêtes d’intégration, des classes vertes, s’intéresse aux activités extrascolaires, à l’écologie…
Par contre, on fait travailler les enfants moins qu’avant, on ne donne plus de devoirs écrits…alors que les Américains et les Asiatiques travaillent plus. Cela va un peu à l’encontre de la tendance autour du monde et ne me paraît pas très raisonnable. Donc nous les parents, on les fait travailler plus le soir.
Quel a été, pour vous, l’apport de l’école française dans le domaine de l’apprentissage des langues ?
Il y a bien sûr l’apprentissage, essentiel et très bon du français, et une très bonne formation en anglais. L’anglais que je pratique aujourd’hui, je l’ai appris à 100 % au lycée. Il y a des très bons professeurs et le redoublement pouvait être dû au niveau insuffisant en anglais, et en portugais bien sûr, comme première langue étrangère.
Que pensez-vous des valeurs transmises dans le cadre de la scolarité dans une école française à l’étranger ?
Je crois qu’il y a une valeur très bonne au lycée français, c’est l’égalité. Au Brésil et dans la culture portugaise, il y a une distinction des classes très forte, alors qu’au lycée français il y a à la fois des enfants de PDG et des enfants de femmes de ménage, qui reçoivent des bourses d’études. Tout le monde est pareil et ces valeurs des années 1980 existent encore aujourd’hui. C’est un esprit très positif de l’enseignement français.
Le deuxième aspect positif, c’est qu’on est à l’étranger et il y a une ambiance internationale très forte, c'est-à-dire qu’il n’y a pas seulement les Brésiliens et les Français, mais aussi beaucoup d’autres nationalités issues de tous les continents qui enrichissent l’esprit des enfants et qui stimulent leur curiosité pour ce qui se passe en dehors du Brésil. Il y a un monde ailleurs aussi !
Il y a aussi la culture humaniste très forte depuis Jean-Jacques Rousseau, Baudelaire… et tout cela enrichit les connaissances personnelles des élèves. Ces trois choses sont très fortes au lycée.
L’école française que vous avez fréquentée vous a-t-elle semblée ouverte à l’environnement social et culturel local ?
Beaucoup plus aujourd’hui que lorsque j’étais moi-même élève… À mon époque, vous alliez au lycée pour faire des études et quand les cours étaient finis, vous rentriez chez vous ! Il n’y avait aucun contact avec les autres écoles. Maintenant, ils peuvent suivre les activités extrascolaires l’après-midi, comme la capoeira, le sport, les arts… Le lycée est ouvert et propose des activités pendant les vacances de printemps et d’automne également. C’est un aspect très positif.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes en matière d’orientation scolaire et professionnelle, compte tenu de votre expérience ?
Le premier conseil, c’est d’étudier. Je ne connais personne qui ait regretté d’avoir trop étudié ! Je connais plutôt des cas contraires...
Deuxième chose : la France a beaucoup de liens avec l’extérieur. Dans l’entreprise où je travaille, beaucoup de jeunes ont fait un deuxième cycle d’études en France où ils ont passé deux ou trois ans. Beaucoup ont fait une école d’ingénieurs au Brésil et ensuite en France ; ils sont ainsi francophones et ont un double-diplôme franco-brésilien. Il n’y avait pas autant de possibilités de double-diplômes avec le Brésil à mon époque. Maintenant, il y a beaucoup plus de débouchés.
Troisième point : il faut très bien choisir ce que l’on veut faire dans la vie ; il faut choisir des études qui ouvrent le plus de débouchés possibles. À l’école d’ingénieur par exemple, j’ai pu choisir de faire de la gestion en quatrième année.
L’école française : un bon souvenir ? Des regrets ?
Les bons souvenirs, c’est les copains. On se voit toujours. On n’était pas très nombreux à l’époque, on était trente. Et de ceux qui sont restés à São Paulo, les deux tiers ont mis leurs enfants au lycée français et les enfants de nos copains sont copains entre eux ! On a de très bons souvenirs de nos profs, je n’ai aucun regret d’avoir suivi des études dans ce lycée.
L’enseignement français, c’est un lien avec la France qu’on a au quotidien, qui doit être poursuivi par le gouvernement. Pour les Brésiliens qui ont mis leurs enfants au lycée, c’est aussi une façon de « vendre » la France à l’étranger, c’est aussi fort que l’Alliance française ou même plus fort. Il devrait y avoir des liens plus forts entre les différents lycées du réseau, créer une communauté. Je vois le système américain d’intégration, d’échange, et je pense que la France devrait davantage intégrer les lycées français dans plusieurs parties du monde. Il y a des liens avec les entreprises françaises, essentiellement par les parents qui y travaillent (PSA, Veolia, Suez, Vivendi…), mais peu entre la Chambre de commerce française et les entreprises brésiliennes ou anglo-saxonnes avec lesquelles je travaille… Il y a bien quelques liens entre le lycée, la Chambre de commerce et le consul de France qui est actif et présent.