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Témoignage de Farah Ouezzani, ancienne élève de plusieurs établissements français à l'étranger

Farah Ouezzani

  • Union chrétienne de Saint-Chaumond de MadridEspagne
  • Lycée français de Madrid Espagne
  • Lycée Descartes de RabatMaroc

Avez-vous fait toute votre scolarité dans une école française ?
En quelle année l’avez-vous quittée ?
Et le cas échéant, quel(s) diplôme(s) ?

Oui, jusqu’au bac, série B (sciences éco).

J´ai commencé en primaire à l’Union chrétienne de Saint-Chaumond de Madrid, que j’ai quitté en 3e pour intégrer le Lycée français de Madrid en 2de ; pour raison de mutation de travail de mon père au Maroc (directeur de Royal Air Maroc pour l’Espagne et le Portugal). J’ai fini la 1re et la terminale au lycée Descartes de Rabat. Baccalauréat, série B, juin 1979.

Votre scolarité dans une école française a-t-elle correspondu à une histoire ou une tradition familiale particulière ?

Mon père a fait sa scolarité dans un établissement français pendant le protectorat français du Maroc. Le français étant la deuxième langue officielle au Maroc, mes parents ont voulu nous garantir une continuité dans le réseau français, à ma sœur et moi, ne sachant pas si on rentrerait au Maroc ou si on continuerait à l’étranger.

Quel a été ensuite votre parcours d’études ? Votre parcours professionnel ?

J’ai fait pharmacie : première année à la Faculté de pharmacie de Bordeaux pour continuer et finir à la Facultad de Farmacia d’Alcalá de Henares à Madrid, spécialité Pharmacie industrielle.

J’ai eu mon diplôme de pharmacie en 1987. J’ai du faire deux premières années, en France et en Espagne, à cause de la loi de Simone Veil (1980), à l’origine du « numerus clausus » pour les études de pharmacie, en France.

MBA à l’Instituto de Empresa, à Madrid, diplômée en 1988

J’ai intégré le monde passionnant de l’informatique et des Télécoms !

  • Stagiaire chez Apple Computer, 1988-1989
  • Chef de produit chez Microsoft Espagne, 1989-1993
  • Directeur marketing produits Microsoft Afrique du Nord, 1993-1995
  • Responsable Internet et Microsoft Download Website, LHS 1995-1997
  • Responsable marketing clients, responsable Trade Marketing, responsable Marketing Roaming, responsable Marketing Produits et services mobiles pour personnes handicapées et personnes âgées, Vodafone, 1997-2011.

Actuellement, je suis en année sabbatique, et j’en profite pour me dédier à mes responsabilités à l’APE du Lycée français de Madrid où sont scolarisés mes deux enfants, Ismael en CM 2 (10 ans) et Nadia en GS (5 ans), comme parent élu au Conseil d’école, je participe activement à tous les projets du lycée.

Parallèlement, je participe à une ONG de pharmaciens, Banco Farmaceutico : les pharmaciens qui intègrent cette organisation se chargent de procurer des médicaments d’une manière gratuite à des personnes résidant à Madrid, qui ne peuvent pas les payer en raison de leur situation (chômage, enfants de mamans en prison, immigrés sans accès à la sécurité sociale, enfants en maisons d’accueil...).

Pensez-vous que votre scolarité dans une école française a eu une influence sur vos choix d’études ? Sur votre projet professionnel ?

Les sciences m’ont toujours passionné et malgré mon changement d’orientation – non volontaire – dû au manque de place en section D au lycée Descartes de Rabat, lors de la mutation de mon père en pleine année scolaire, j’avais depuis longtemps fait mon choix pour une fac de sciences médicales ou sanitaires.

Pas dans le choix du projet lui-même, mais  dans l’acquis de postes de responsabilité, surtout à l’étranger et dans les postes internationaux : le fait de parler plusieurs langues m’a beaucoup aidé à avoir des postes visant l’international, surtout un très bon niveau de langue en anglais, acquis pendant ma scolarité au lycée.

Quels ont été, selon vous, les apports principaux de votre scolarité dans une école française ?

  • Valeurs des principes et de la culture française : liberté, égalité des citoyens...
  • Socialisation dans un milieu international, amis et amies de différentes cultures, pays, religions.
  • Habituée à l’apprentissage par raisonnement rigoureux et acquis de compétences de communication lors des travaux en groupe et exposés.
  • Travaux en classe toujours sur les thèmes d’actualité sociale et politique en France et dans nos pays locaux (malgré les difficultés du moment).
  • Sorties de découvertes pédagogiques avec les maîtres, aux musées, au théâtre, etc.

Quel a été, pour vous, l’apport de l’école française dans le domaine de l’apprentissage des langues ?

  • Facilité pour la maîtrise de langues, habituée au bilinguisme, aussi bien en Espagne que pendant les deux années que j’ai passées au Maroc (où j’ai pu mettre en valeur ma condition de double culture).
  • Le fait de rester dans le réseau français m’a permis de ne pas perdre mes langues d’origine.

Que pensez-vous des valeurs transmises dans le cadre de la scolarité dans une école française à l’étranger ?

  • Ce sont des valeurs qui sont toujours respectées et mises en valeurs lors d’entretiens, non seulement professionnels mais aussi au niveau des relations sociales…
  • J’essaie de les transmettre à mon tour à mes enfants : valeurs démocratiques, valeurs du respect d’autrui, de liberté de pensée, de droits de citoyenneté, de respect des différences, d’aide aux défavorisés, de partage avec les autres, d’intégration dans des milieux non habituels, etc.



L’école française que vous avez fréquentée vous a-t-elle semblée ouverte à l’environnement social et culturel local ?

Tous les centres où j’ai été scolarisée m’ont paru très ouverts à l’environnement social et même religieux dans le cas de l’Union chrétienne de Saint-Chaumond à Madrid où la différence de religion n’a causé aucun souci.

À la fac de pharmacie à Bordeaux, j’ai pu passer mes examens après le mois du Ramadan, ce respect des valeurs étrangères m’a énormément touché.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes en matière d’orientation scolaire et professionnelle, compte tenu de votre expérience ?

J’ai toujours recommandé l’enseignement français dans mon entourage et la preuve vous l’avez avec mes enfants… Ils sont nés à Madrid et leur papa est espagnol (il parle peu mais comprend bien le français) mais nous avons choisi le Lycée français de Madrid, 30 ans après…

L’enseignement dans le réseau français est très bien reconnu internationalement, et les élèves issus de centres français ont moins de mal à l’heure actuelle pour trouver des débouchés professionnels.

Le curriculum est des plus appréciés, je l’ai suivi moi-même et j’ai souvent vu embaucher des candidats venant de centres français.

L’école française : un bon souvenir ? Des regrets ?

Je ne garde que de bons souvenirs de tous mes maîtres, enseignants, profs de gym, de langues… de l’internat du lycée Descartes de Rabat et de son dortoir de filles, des dames de Saint-Chaumond et de la discipline de Mme Ayrault…

De mes premières élections françaises vécues « in vivo » à Bordeaux, la foule dans les rues, des représentations de fin d’année au théâtre « L’Avare » de Molière , les concerts, le grand début de Miguel Bosé avec sa première chanson « Linda » à l’inauguration du théâtre du Lycée français de Madrid, les soirées dansantes à Rabat les mercredis après-midi et les prières tous les matins du moi de mai à Saint-Chaumond, le couscous à la cantine et les sardines des vendredi avant Pâques...

 Le regret d’avoir perdu mon agenda avec toutes mes adresses lors d’un déménagement et la joie des retrouvailles actuellement grâce à Internet, FaceBook, LinkedIn et un grand et cetera.