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Anis M. Lahlou-Abid, ancien élève du lycée Descartes de Rabat, Maroc

Anis M. Lahlou-Abid

  • Lycée Descartes de RabatMaroc

Avez-vous fait toute votre scolarité dans une école française ?
En quelle année l’avez-vous quittée ?
Et le cas échéant, quel(s) diplôme(s) ?

J’ai étudié dans le lycée français de Rabat (lycée Descartes) à partir de la 5e. J’ai décroché mon bac C en 1994.

Votre scolarité dans une école française a-t-elle correspondu à une histoire ou une tradition familiale particulière ?

Absolument, ma mère a étudié au lycée français de Fès dans les années 1955-1965. Ma mère a fait une carrière de professeur de français dans un lycée marocain.

Quel a été ensuite votre parcours d’études ? Votre parcours professionnel ?

Après le bac, je suis allé faire maths-sup dans une classe préparatoire marocaine (Moulay Youssef, classe préparatoire qui existe d’ailleurs grâce au programme de coopération franco-marocain). Malgré un bon classement en fin d’année de math sup, j’ai décidé que la pédagogie marocaine n’était pas pour moi (pas assez ouverte...) et je suis retourné à Descartes (le lycée français de Rabat) pour faire une prépa HEC.

Apres un an de prépa HEC, j’ai intégré l’ESSEC.

Après une formation de trois ans à l’ESSEC et un programme d’échange de huit mois en Australie, j’ai effectué un stage de longue durée dans la banque d’affaires JPMorgan chez qui je commence ma carrière dans le département « fusions et acquisitions ».

Aujourd’hui cela fait plus de dix que je travaille pour JPMorgan. J’ai travaillé dans différentes villes (Paris, puis Londres, Sydney et de nouveau Londres) et différents départements (fusions & acquisitions, ECM et maintenant gestion d’actifs). Je suis aujourd’hui gérant de fonds d’actions européennes à Londres.

Pensez-vous que votre scolarité dans une école française a eu une influence sur vos choix d’études ? Sur votre projet professionnel ?

La scolarité dans une école française a une influence CONSIDÉRABLE sinon DÉTERMINANTE sur le choix d’études et par la suite sur le projet professionnel qui découle des études supérieures. De facto, après un bac français, la probabilité de poursuivre ses études supérieures dans un établissement français en France ou à l’international est démultipliée. Dans mon cas, cela est encore plus flagrant: après un détour par une prépa marocaine, je suis allé dans la prépa du lycée français, d’une part parce que je n’étais pas certain que la prépa marocaine me garantisse l’accès aux meilleures écoles en France et d’autre part parce que je me sentais plus à l’aise avec l’enseignement et la pédagogie française. Dans un contexte où les écoles de commerce et les écoles d’ingénieurs françaises cherchent de plus en plus à s’internationaliser et à recruter un talent international, le pool de talent que peuvent leur offrir les lycées français à l’international n’est pas à négliger.

Quels ont été, selon vous, les apports principaux de votre scolarité dans une école française ?

L’enseignement français m’a enseigné d’abord la rigueur et le travail. La rigueur est une constante de l’approche pédagogique, le travail et l’endurance dans le travail m’ont surtout été enseignés en prépa. Enfin, en comparaison avec l’enseignement anglo-saxon (et certainement par biais personnel aussi!), je trouve que l’enseignement français est plus complet et de meilleure qualité en terme de culture générale, histoire et géographie et langues.

Quel a été, pour vous, l’apport de l’école française dans le domaine de l’apprentissage des langues ?

Le choix des langues est vaste. J’ai appris l’arabe classique même si j’avoue que le niveau était plus faible que dans les lycées marocains. L’anglais y était également enseigné mais je n’ai pas le meilleur souvenir pédagogique pour l’enseignement de cette langue.

Que pensez-vous des valeurs transmises dans le cadre de la scolarité dans une école française à l’étranger ?

Les valeurs transmises sont évidemment de très bonnes valeurs. Sans que cela m’ait été volontairement transmis, j’ai développé au fil des années un attachement profond pour la France, comme une seconde patrie.

L’école française que vous avez fréquentée vous a-t-elle semblée ouverte à l’environnement social et culturel local ?

Absolument, le lycée Descartes fait partie intégrante de l’environnement social et culturel marocain. Certes, sans doute plus proche de l’élite que de la masse. Néanmoins, la démographie des élèves du lycée reflètait diverses classes sociales et culturelles qui se mélangeaient très bien avec les enfants d’expatriés français. Le lycée Descartes fait partie intégrante de l’environnement social et culturel de Rabat, et cela tient sans doute aussi à son ancienneté.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes en matière d’orientation scolaire et professionnelle, compte tenu de votre expérience ?

Je n’ai pas d’enfants mais si j’en avais je rêverais de pouvoir leur offrir les mêmes conditions que celles que j’ai eues et j’aimerais beaucoup qu’ils étudient dans une école française.

L’école française : un bon souvenir ? Des regrets ?

Que des bons souvenirs ! Que des merveilleux souvenirs et aucun regret.

Le point que j’aimerais faire est le suivant. Le lycée français a façonné ma personnalité, mon parcours universitaire et professionnel, mon goût pour la langue française (qui est ma première langue avant même le marocain arabe !) et, plus important encore, a développé chez moi la plus grande affection pour la France. La France est ma patrie de cœur même si je suis marocain, naturalisé anglais depuis de nombreuses années maintenant !

Les lycées français à l’étranger et l’enseignement français à l’international sont sans aucun doute possible les meilleurs ambassadeurs dont la France puisse rêver. Je comprends que le gouvernement doive faire face à des choix budgétaires très durs en ces temps d’austérité MAIS attention à ne pas couper dans le muscle lorsqu’on coupe le gras... L’enseignement français à l’international est un moteur pour le développement futur de la France dans le monde et restera sans doute le seul moyen efficace pour répandre la langue française dans le monde. Je constate un certain désengagement (au Maroc par exemple, les profs français sont quasiment tous remplacés par des profs locaux). Cela est très grave et si les conséquences ne sont pas visibles à court terme, à long terme elles vont inévitablement être TRÈS, TRÈS dangereuses en terme de perte de compétitivité de la France et du français…